Vous avez dit capsule ?

Les tubes

Les tubes

Please, be careful : this is a capsule hostel…” Le chauffeur de taxi, la quarantaine, bague au doigt, s’inquiète. Il est deux heures du matin, un samedi, il dépose sous la pluie une Européenne solitaire devant un bâtiment banal planqué dans une ruelle. Les kanji du panneau vert fluorescent, il l’assure, signalent l’ “Asakusa Riverside Hostel”.

Trois étages de marches en colimaçon, en poussant la porte on réveille le maître des lieux, forcément bougon. “Shoes“, commande-t-il. L’Européenne obéit, sans oser même un sourire. Elle enfile des mules de plastique vert, souples, plutôt confortables. Le gardien parle vite, peut-être en anglais, capsule 8020, étage des femmes, plus sûr. Il jette une petite serviette de toilette pour essuyer les cheveux mouillés. Puis une autre, et les clefs.

L’ascenseur a le plastique qui colle. L’Européenne essaie de filmer, manque deux fois l’ouverture des portes, recommence, en priant pour ne pas redescendre. Elle repère les placards en ferraille sur la gauche – ils ferment à clef, les lavabos en face, et devine les toilettes un peu plus loin. Un tour de verrou, voici le dortoir.

Le lit

Le lit

Télé, réveil, radio

Cet étage compte une vingtaine de places. Le lit mesure environ un mètre de haut sur un mètre de large. On s’y sent comme dans une tente, bien moins oppressé que prévu. A l’intérieur, dans une renflement de la cloison, une radio, un réveil et les boutons de commande pour la lumière et la télévision, dont l’écran individuel est casé dans un coin en hauteur.

Il n’y a pas de porte, juste un rideau roulant tressé et plastifié. Les draps sont déjà mis. Les “capsule hôtel” sont avant tout des business hostels, les employés doivent pouvoir se coucher vite.

Facilities

La tenue

La tenue

Et ils voyagent léger. Pas de place dans la sacoche d’ordinateur pour un pyjama ou du gel douche, un ensemble de coton est prêté pour la nuit. Aux lavabos, du savon liquide, de la lotion pour le visage, et un étage au-dessus, un espace bains, commun mais réservé à un seul sexe. Pour se laver, c’est comme au onsen, devant les autres, assis sur un tabouret bas devant un miroir.

Les salariés sont rares en cette soirée de week-end. On croise quelques occidentaux à la recherche d’un logement pas cher. Mais une voisine de lit prendra bien 45 minutes pour se maquiller, en tailleur gris, à genoux dans sa capsule. A 3000 yens (23€) la nuit, elle aura fait 4 à 5000 yens d’économie sur le défraiement prévu par son entreprise pour financer le déplacement.

L’ensemble est pratique, amusant pour l’observateur de passage, mais un peu triste : au dernier étage, à côté des distributeurs de boissons, deux pachinkos (une sorte de flipper vertical très prisé au Japon) attendent sagement le prochain employé solitaire qui s’arrêtera au “Asakusa Riverside Hostel”.

Une réponse à Vous avez dit capsule ?

  1. Tiens, je tombe sur cet article grâce à ton compte Twitter. Je ne l’avais jamais lu celui-là. C’est excellent ! On se croirait dans le cinquième élément…

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